Introduction
Il s’agit d’une méthode recommandée par la circulaire de 1997.  Elle ne s’applique pratiquement que sur des réseaux d’eau chaude sanitaire (ECS).
En effet, sur les circuits de refroidissement avec tour aéroréfrigérante, la température est beaucoup trop forte pour le matériel (garnissage de la tour,…). Il existe toutefois des tours spéciales avec un corps d’échange et un séparateur de gouttes stable à une température de 70 °C (matériaux genre ABS par exemple).
La montée en température de l’eau chaude alimentaire fut la première méthode utilisée pour le contrôle de la Legionella dans les systèmes d’eau chaude sanitaire des hôpitaux.
Dans le cas d’une éradication faisant suite à un développement soudain de la L pneumophila dans un système alors l’éradication thermique peut se justifier en tenant compte des contraintes suivantes :
Une température supérieure à 60° inhibe le développement de la Legionella. Des études ont montré que les temps nécessaires pour réduire la population de legionella d’une puissance de 10 à 45°C, 50°C, 60°C et 70°C ont respectivement de 2500, 380, 5 et 1 minute.
Un graphique donné par ailleurs montre l’influence de la température sur la survie des légionelles
L’effet bactéricide de la température a été démontré dans les hôpitaux. Les systèmes opérant à une température supérieure à 50°C sont moins susceptibles d’être contaminés par les L pneumophila.
Traitement thermique classique
La méthode de base consiste à monter la température des ballons d’eau chaude à 70 °C puis la distribuer sur l’ensemble des canalisations, robinets et sorties de douche pendant 30 minutes pour permettre d’éliminer les L pneumophila contaminant ces sites.
Il est impératif que la température de l’eau de tous les puisages soit supérieure à 60°C. Si cette condition n’était pas réalisée, la désinfection serait un échec.
Après la vidange du circuit on fera des cultures spécifiques des L pneumophila sur des échantillons à différents endroits qui doivent toutes être négatives, faute de quoi on doit recommencer la procédure dans son intégralité.
Certains hôpitaux maintiennent cette température de 60°C après la vidange de manière à retarder la recontamination.
Expérience clinique
De nombreux hôpitaux ont utilisé cette technique comme méthode de désinfection de la Legionella. Cependant la recolonisation après éradication par la L pneumophila a été rapportée et confirmée par de nombreux cas hospitalier.
Le maintien de la température au-dessus de 60°C a permis d `assurer la négativité des tests de croissance sur les cultures spécifiques de la Legionella ainsi l’absence de cas de la maladie du légionnaire.
Seul deux hôpitaux ont fait face à une recrudescence de la L pneumophila dans les 2 années suivant une éradication thermique combinée à un maintien de température de 60°C dans le système.
Avantages
L’éradication thermique ne nécessite pas l’installation d’équipements particuliers et peut être mise en Å“uvre instantanément. Ce qui constitue un avantage certain dans le cas d’une résurgence de la contamination du système.
Le coût peut être relativement faible à condition de maîtriser les coûts salariaux associés à l’opération.
Inconvénients
Le principal désavantage de la méthode est l’implication temps du nombreux personnel nécessaire à sa mise en Å“uvre pour surveiller l’ensemble des points éloignés, les températures des ballons et les temps de vidange.
L’ébouillantement est un risque bien que l’expérience montre qu’il n’y a pas eu de cas déclarés.
L’éradication thermique est un mode temporaire de désinfection systémique. Il y a recolonisation du système après quelques mois voire quelques semaines surtout lorsque la température de l’eau chaude est inférieure à 50°C.
Coût
Parmi toutes les méthodes systémiques, l’éradication thermique est la moins coûteuse. Le poste le plus coûteux étant le poste de la main d’Å“uvre et des heures supplémentaires nécessaire à la mise en Å“uvre de la méthode.
Dans un hôpital de 500 lits le coût moyen de l’éradication thermique a été estimé par plusieurs spécialistes à environ 120-130000 F, le poste main-d’Å“uvre étant le plus important. Dans un hôpital de 900 lits ces coûts monteraient à environ 200000 F.
Les coûts d’énergie pour maintenir l’eau chaude sanitaire à 60°C sont relativement voisins à ceux d’une eau moins chaude.
En effet le surcoût d’énergie de chauffe est compensé par une moindre consommation pour l’obtention des températures de confort
La société américaine des ingénieurs en plomberie reconnaît que le maintien de la température à 60°C / 43°C consomme à terme moins d’énergie et est donc plus rentable.
Elévation de température instantanée
On porte la température de l’eau à 85° ou plus pour tuer les L pneumophila puis on ramène la température de l’eau à la température désirée par dilution à l’eau froide. Dans certains hôpitaux de tels systèmes à production instantanée sont plus économiques que les systèmes classiques à ballon d’eau chaude car l’encombrement des équipements est moindre dans la mesure ou il n’y a plus de ballon de stockage.
Le chauffage instantané est plus efficace lorsqu’il est mis en place sur une nouvelle installation.
En effet l’efficacité dans les vieux systèmes est limitée à cause de la présence persistante du biofilm contenant L pneumophila qui ne sera pas affectés par l’eau chaude traitée thermiquement en amont.
Si un système de chauffage instantané doit être installé sur un circuit déjà contaminé par la L pneumophila, le système doit faire l’objet d’une décontamination préalable.
Expérience clinique.
Une étude menée aux USA a montré que deux hôpitaux disposant d’un système de chauffage instantané (Leslie Controls, Tampa, FL) ne présentaient pas de contamination par Legionella contrairement aux 9 hôpitaux (sur 13) utilisant les systèmes à ballon d’eau traditionnels.
La prévention de la Legionella s’est avérée inefficace avec cette technique dans un hôpital de 700 lits qui était préalablement contaminé.
Dans un autre hôpital, le remplacement de volumineux ballons d’eau chaude par un système de chauffage instantané a été peu efficace sur le réseau éloigné.
Avantages
Le chauffage instantané ou semi-instantané offre une meilleure efficacité et requiert un moindre encombrement que les systèmes classiques à ballon de stockage. La gestion de ces systèmes ne nécessite pas de compétences particulières.
De plus les réchauffeurs instantanés évitent les ballons de stockage d’eau ou la Legionella a tendance à se développer sous les dépôts de tartre et sédiments.
Désavantages
Comme l’éradication thermique et le traitement UV, il n’y a pas de rémanence de la protection avec les réchauffeurs instantanés car le traitement ne concerne que l’eau alimentaire chauffée.
Il ne peut y avoir éradication complète de la L pneumophila dans l’ensemble du système à moins que la température de l’eau soit supérieure à 60°C sur toutes les sorties, ce qui est rarement le cas.
De plus il s’avère qu’il est quasiment impossible de pratiquer l’éradication thermique avec les seules installations de chauffage instantané en effet ceux-ci ne permettant d’assurer la température minimum pendant un temps suffisamment long sur une quantité d’eu suffisante pour assurer les conditions de l’éradication.
Par ailleurs, les températures en certains points, significativement plus hautes, peuvent déclencher des dépôts de tartre si les index (IL, IR..) deviennent défavorables.
Coûts
Pour un hôpital de 300 lits avec trois systèmes de chauffage semi-instantané les coûts par unité sont de 80 à 10000 F non compris les coûts d’installation.
Approches nouvelles
Le développement des rubans chauffants offredes possibilités nouvelles. En effet des fabricants proposent des rubans capables d’assurer une température défavorable aux Legionella y compris dans les réseaux isolés desservant les points de soutirage.
En asservissant le chauffage il est possible d’assurer la température idéale au point de soutirage ou de chauffer les canalisations critiques à 70-75°C durant quelques minutes et éradiquer thermiquement les bactéries. L’asservissement pourra isoler temporairement la distribution de l’eau.
Copyright IRH Environnement et Jean-Louis ROUBATY 2001


